Nos enfants

 

Céline

le 21 Avril 1972.  
Au moment de partir à l'école, 

Sylvie qui n'avait pas 9 ans, entend son père pousser un cri d'effroi. 

Il venait de découvrir au fond de son lit, le corps déjà froid, 

de la petite sœur Céline qui dormait dans la même chambre qu'elle. 

Anne Françoise, quatre ans, et Laurence qui allait sur trois ans, 

ont vécu, sans comprendre, le bouleversement de leurs parents. 

Pour ces fillettes, c'est la cassette des Aristochats qui a accompagné l'événement.

 


en 2013


 
 
 
 
 
 
 
 
 
Olivier *
le 25 avril 86, 
il y a eu la mort violente, accidentelle, d'Olivier … 

Il avait vingt ans, un vendredi après midi, au volant de la voiture, 

avec un auto-stoppeur allemand à son côté, 

il s’est fait écraser par un camion sur la route mouillée, près de Lambesc. 

A notre premier fils, au moment de sa naissance en Normandie, 

nous avions donné ce prénom Olivier en lien avec cette contrée du Sud, 

qui n’avait pas d’autre attrait, pour nous, que sa lumière caractéristique. 

Sa disparition, au moment où notre couple était en crise, 

m’a longtemps posé des questions sur la mission dont il pouvait être chargé. 

Serions nous invités, à travers les deuils, à prendre conscience de notre divinité 

pour accepter joyeusement notre croix, notre mort, et notre rédemption ? 

Une affaire de tous les jours !


Texte de 1995 : 

Détachement : 25 Avril 1986 mort d'Olivier

23,25 Avril : A la saint Georges, sème ton orge,
          A la saint Marc, il est trop tard.   ( dicton populaire)

La fin du  mois d'Avril, période de pluies  signe de prospérité ?
Début Mai, le printemps éclate, le soleil commence à chauffer sérieusement.
Le jardin est superbe...Et si  on vendait ?
    Pourquoi ne pas penser à la séparation ?
                     Quoi !  Dire au revoir, adieu , à tout ce que j'ai mis en place !

Pour Yaël, il y a  trois ans nous avons planté un albizia ,
L'année passée il s'épanouissait déjà au milieu du jardin.
A l'automne dernier j'ai installé un jujubier,
    un rejet rapporté de mes tournées journalières.
    Il promet de se développer, témoin du climat méditerranéen.
Alors je retourne soigner mes plantes, les nourrir avec du compost.
Je vais, tailler, tondre la pelouse, désherber mes plates-bandes, arroser selon la saison.
Pourrai-je partir? Il le faudra bien !
Aujourd'hui il fait beau demain, ce sera autre chose.


Le 10/04/06 16:02,

Méditation des Rameaux

Nous approchons du vingtième anniversaire de l'accident d'Olivier. Il aurait 40 ans … et on peut imaginer inutilement ce que serait sa vie maintenant.. Le 25 avril ressemble un peu pour moi à ce que l'évangile du jour rapporte autour de la mort de Jésus.
Au delà du caractère sacré et surnaturel de l'aventure du fils de Dieu sur terre je suis frappé par les détails humains et l'attitude des hommes et des femmes, alors qu'ils vivaient l'histoire et entouraient Jésus dans sa passion. Ils ne comprenaient rien, ils subissaient les évènements et réagissaient avec leur cœur ou leurs insuffisances.
Je retiens le reniement de Pierre le compagnon le plus proche, l'homme de confiance… la trahison de Judas pour de l'argent… mais aussi l'attitude humaine et courageuse de Joseph d'Arimatie qui négocie pour récupérer le corps de Jésus après sa mort alors qu'il était abandonné sur la croix.
Olivier finissait sa semaine de travail un vendredi après midi. Dans le vent de son temps, il était programmateur en informatique. Nous ne nous doutions pas à l'époque que nous baignerions de plus en plus dans ce domaine.
A la maison j'attendais la voiture afin de partir à la gare d'Avignon prendre le train pour Paris. Jean Philippe, 13 ans, venait juste de rentrer de l'école, un coup de téléphone de la gendarmerie nous informe qu'un certain Olivier avait eu un accident à la sortie de Lambesc et qu'il fallait en urgence se rendre à la gendarmerie du lieu. Un drame se jouait et il fallait intervenir !
Pas de véhicule, Marie Jo était de sortie. Dans la salle de groupe, un stage ; j'emprunte une voiture et JeanPhi m'accompagne. Il me semble que nous ne réalisions pas alors, ni l'un ni l'autre, l'ampleur de l'événement;
Arrivés à la gendarmerie je suis invité avec précautions, en aparté, à apprendre la nouvelle et à reconnaître le corps emporté à l'hôpital local. J'abandonne Jean Phi pris en charge par les gendarmes et me rend ... à la morgue.
Dans une petite pièce deux tables recouvertes d'un drap. La première découverte, il était là, à peine abîmé, encore chaud. On me laisse un moment, je ne sais plus si c'était cinq ou quinze minutes. Je l'embrasse, le caresse, lui parle. Il me semble présent et ces moments de tête à tête ne s'effaceront plus.
On vient me rechercher. Au retour, après avoir récupéré Jean Phi qui ne comprenait toujours rien à la situation, nous faisons le point...
Marc

Texte du 20oct 2008 : "Une vie"

Naître,  crier, bouffer, câliner, apprendre, dormir, rire, vieillir, mourir…
Pousser, s’agiter, démarrer, Olivier, oser, séduire, aimer, balancer, souffrir…
J’ai appris qu’il était important de prendre les gens par la douceur.
J’ai appris que les câlins pouvaient engendrer des dépendances qu’il était nécessaire ensuite d’assumer.
J’ai constaté que rien ne valait un bon câlin pour bien s’endormir.
Je crois savoir que câliner relève d’un apprentissage long et difficile.
Olivier, lui, avait appris à câliner avant sa naissance.
Olivier est né en début d’été.
Olivier a inspiré sa mère pour porter un prénom provençal alors que nous venions de nous installer en Normandie.
Olivier était l’héritier attendu de la famille.
Olivier a tout de suite montré qu’il était casse cou.
Et moi j’étais fier de lui car il était mon fils.
Il aurait fallu comprendre sa destinée alors qu’il était tout petit et qu’il n’arrêtait pas dans ses acrobaties, de faire des chutes qui le défiguraient.
Il aurait fallu lui tricoter des bonnets extensibles quand sa tête était sur le point de doubler de volume.
Il aurait fallu le chausser avec des semelles de plomb pour qu’il reste un peu tranquille.
Il aurait fallu lui faire comprendre que la vie peut être belle à tout âge sans avoir besoin de se presser.
Avec un grand sourire qui lui traverse le visage, Olivier promet qu’il m’emmènera  faire un grand voyage.
Attendre, craindre, angoisser, apprendre, refuser, dénier, s’affoler…
Il est bientôt 16 heures et il n’est pas encore rentré. Mon train est à 17h15 à Avignon, je vais le rater.
Il pleut et la route est glissante. La voiture que je lui ai prêtée n’a pas été révisée depuis longtemps.
Mes affaires sont prêtes, mon billet est pris, je dois retrouver Anne à Paris. Que vais-je faire s’il lui est arrivé quelque chose ?
Et sa mère qui ne rentre pas ! Elle prend du bon temps sans se douter du danger.
Il n’a pas été dit que l’accident était prévisible du fait de l’inexpérience d’Olivier
Il n’a pas été dit que les apparences pouvaient laisser croire que tout allait bien dans la famille alors que chacun menait une vie dangereuse.
Je sais qu’il est admis que les malheurs n’arrivent qu’aux autres.
Je sais que plus rien ne sera facile.
Je sais que le temps passant la vie reprend son cours.
Je sais qu’il est possible d’oublier
.



 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Eddy *
le 21 septembre 94 
Bien sûr les séparations traînent leur cortège de souffrances 

mais je ne vois pas ce qui peut impressionner plus une maman, ou un papa 

que de découvrir son enfant mort dans son berceau ? 

A l'instant d'avant, son premier né, 

elle l'entendait encore pleurer à l’arrière de la voiture ; il avait un mois et demi ! 

Ces émotions sont gravées à l'intérieur des cellules du corps, 

et rien ne peut les en faire sortir. 

Anne Françoise a connu ce choc. 

Elle a été courageuse, soutenue, aidée, par ses sœurs, son mari et tous ses amis. 

Ils ont reconstruit leur famille avec quatre autres enfants. 

Je suis sûr que ces expériences transformées en énergies, 

engendrent humanité et générosité à qui les ont vécues. 

Pour moi, c'était un coup de téléphone : 

" Allô Marc, c'est Matthieu, nous sommes à l'hôpital, 

Eddy est mort il y a une heure, subitement, … " 

C'en était trop, encore une fois terrassé par l'adversité, je protestais inutilement. 

Je regrettais de ne pas m'être précipité pour … le voir encore  ? 

quand, en coup de vent, vers 18 heures, Anne Françoise était passée 

chercher Matthieu qui travaillait ici pour préparer "le nid". 

C'était le moment que l’âme de l’enfant avait choisi pour rejoindre " les autres ". 

J'avais gardé le petit la veille, le mardi après midi, avec Geneviève présente ce jour là. 

Mon premier petit fils ! je l'avais changé, bercé, câliné ! 

Nous sommes allés lui dire au revoir à l'hôpital où il avait été transporté ; 

comme huit années auparavant, j'étais allé reconnaître Olivier à Lambesc ! 

et, comme lui encore, nous l'avons installé quelques heures, 

au sous sol de L'Escoubaïre, devenu pour ces occasions antichambre du cimetière. 

Autant que je pouvais en supporter, 

j’ai dû faire face, comme tant d'autres, sinon chacun, à un lot d’épreuves 

qui sont, j’espère, le péage d’une heureuse évolution.