En Inde

Une "action humanitaire" à Jaïpur. (rencontre avec Daniel Fillod)

Me situant dans une période critique de ma vie professionnelle et familiale je me suis trouvé un besoin impératif de "prendre l'air". J'ai alors proposé mes services de professionnel de la santé à plusieurs associations humanitaires. Par courrier et téléphone "Kinés du monde" a accueilli mon offre à conditions que je finance mon déplacement.

La destination était Jaïpur, dans le Rajasthan à 300 kms au sud de Dehli.
Il s'agissait de contacter les communautés lépreuses de cette région et d'étudier leurs besoins.
Une association de Grasse animée par Daniel Fillod était sur place et tentait de mener une action sociale et sanitaire sous la forme de construction de dispensaire.

Je suis donc parti tout seul, à l'aventure pour trois mois, fin octobre 88. Je parlais difficilement l'anglais, la langue nationale et je l'entendais encore moins bien.
Je débarquais donc à Delhi. Complètement perdu, je m'accrochais à ma camera, lui confiant la mission de témoigner de mon errance et de mes découvertes.

Le Tajh Mahal J'ai passé trois mois à Jaïpur, partageant la vie des lépreux dans leurs ashrams. J'ai pu séjourner quelques jours à Calcutta sur les traces de Mère Théresa sans pouvoir la rencontrer, avec deux jeunes collègues qui se prenaient trop au sérieux à mon goût.
Je suis allé seul à Agra, un jeune instituteur de là-bas m'a servi de guide. Il avait l'âge de mon fils Olivier tué dans un accident, deux ans auparavant.
Je me suis découvert  un dégout pour les touristes qui arrivaient en rangs serrés par cars en regardant les mendiants du plus loin possible alors que je côtoyais tous les jours une misère humaine tellement attachante ! 

J'ai compris rapidement que l'aide matérielle apportée quelles que soient les finances dont nous pouvions disposer ne serait qu'une goutte d'eau dans un océan de besoins.

J'ai donc opté pour le témoignage. Muni de la caméra que j'avais acquis l'année précédente, j'en ai fait une compagne destinée à montrer la vie extraordinaire de ce pays. Habillé à l'indienne avec une grande chemise et un pantalon blancs, je transportais mon appareil dans un petit sac à dos. Je cherchais à être discret et rapide mais j'ai excité la curiosité de mon entourage ; et la sympathie ! quand je montrais dans l'instant qui suivait le résultat des prises de vue. Malheureusement il fallait compter avec la poussière et l'insécurité du pays. La première a pénétré l'instrument et l'a mis hors d'usage, la deuxième a fait disparaître lors d'un transport, les cassettes enregistrées. Je n'ai pu ramener au pays que quelques passages de mi-séjour. Je me suis filmé en donnant des soins aux lépreux et proposant des manœuvres de circulation d'énergie. 



Pourtant la vie s'organisait fort bien sans nous. Des associations caritatives locales distribuaient des "sweet" aux démunis,

et organisaient des fêtes avec attractions fort prisées.

Je tentais pourtant de rassembler quelques adeptes plutôt curieux qu'intéressés à mes pratiques de circulation d'énergie.

(vues tirées de la vidéo cassette sauvée de ces périgrinations)

La plus belle gratification de mon séjour a été ma participation à une session Vipassana. Au voisinage de l'ashram des lépreux qui m'hébergeaient était implanté un superbe centre de méditation bouddhiste. Je suis allé, en vélo, prendre connaissance des lieux et des conditions de stage. Dix jours d'internement en silence à suivre la progression des pratiques méditatives, bien cadrées par le maître. C'est sans doute, ce qui me reste de plus constructif.

 Alors que je ne comprenais pratiquement rien aux conférences que j'écoutais dévotement, j'ai eu droit, le troisième jour, à une traduction en français, sur cassettes audio, de l'enseignement sur le Dhamma.
Lever quatre heures, méditations dirigées, pauses, repas, pratiques isolées, conférence, couvre feu à 20h, les journées défilaient.
J'ai acquis une méthode efficace de concentration et de circulation mentale de l'énergie. Un beau cadeau dont j'ai pu profiter moi-même depuis.

J'ai correspondu longtemps avec Pradesh Goyal mon guide.
Il s'est marié en 96. Invité pour cette occasion, j'ai hésité à faire le déplacement, malgré le bon souvenir que j'avais gardé du mariage de sa sœur, alors que j'étais seul témoin occidental dans cette fête.


vers plan du site vers Journal des années précédentes

















Recueilli sur le Web : un document sur "la distance" dans la communication

Le langage silencieux

Introduction

Hall va s'attacher à démontrer de façon très claire, à l'intention d'un public aussi vaste que possible, les codes de la communication interculturelle. Parmi les codes auxquels il consacrera le plus d'attention, il faut citer celui auquel nous allons nous intéresser ce soir, et qui régit le découpage et l'utilisation de l'espace interpersonnel.

« Je ne touche personne et personne ne me touche », disait la chanteuse Lio dans un des « tubes » de l'été 80. Edward T. Hall aimerait sans doute cet exemple de la configuration culturelle occidentale, qui veut que chacun de nous soit à l'intérieur d'une bulle. L'intégrité physique et morale de chacun n’est préservée que dans la mesure où les bulles circulent à l'aise. C'est à l’étude de cette organisation sociale de l'espace entre les individus que Hall a consacré une bonne partie de sa vie d'anthropologue. Il a forgé un terme pour désigner ce nouveau domaine des sciences humaines : la proxémique.

Pour lui, chaque culture organise l'espace de façon différente à partir d'un substrat animal identique, le « territoire ». Il propose ainsi une échelle des distances interpersonnelles. Quatre distances sont envisagées : intime, personnelle, sociale et publique. Chacune comporte deux modalités : proche et lointaine. Ces « bulles » de base constituent quatre territoires, qui appartiennent tant à l’homme qu'à l’animal. Mais chaque culture humaine définit de façon différente la dimension des bulles et les activités qui y sont appropriées.

Ainsi, par exemple, la relation du paysan arabe ou du fellah avec son sheik ou son Dieu n'est nullement publique mais, au contraire, intime et personnelle et elle ne comporte aucun intermédiaire.

Il faut également noter que l'auteur ne définit pas ces bulles uniquement en termes de mètres et de centimètres : la vue, le toucher, l’ouïe, l'olfaction contribuent à la mise au point des distances socialement adéquates.

Les autres formes d’espace

À côté de l'espace « informel » des interactions sociales, il étudie la structuration et la signification de l'espace « à organisation semi-fixe », tels les meubles et les portes. Celles-ci fournissent un exemple frappant de la variation culturelle des significations attachées à l'espace. Pour un américain, il faut qu'une porte soit ouverte ; pour un allemand (ou un français), il faut qu'une porte soit fermée.

« Que ce soit chez lui ou au bureau, un américain est disponible du moment que sa porte est ouverte. Il n'est pas censé s’enfermer mais se tient au contraire constamment à la disposition des autres. On ferme les portes seulement pour les conférences ou les conversations privées. En Allemagne, la porte fermée ne signifie pas pour autant que celui qui est derrière souhaite la tranquillité ou fait quelque chose de secret. Simplement pour les Allemands, les portes ouvertes produisent un effet désordonné et débraillé. »

Il s'attache enfin à « l'espace à organisation fixe », tels les bâtiments et les villes. S'appuyant sur les exemples négatifs d'un Le Corbusier à Chandigarth (où les Indiens ont muré les loggias pour les transformer en cuisines) et sur les exemples positifs d’un Sivadon à l'hôpital psychiatrique de La Verrière, en Seine-et-Oise (où les couloirs, large et peu profond, permettent d'éviter la création d’effets de capture ou de perte), il conteste la prétention à l'universalité de ceux qui ont le pouvoir d'aménager l'espace d'autrui.

I- Proxémique

L'homme occidental a conceptualisé l’espace de nombreuses façons, depuis l'espace social de Bogardus et l'espace socioculturel de Sorokin jusqu'aux topologies de Lewin. Hallowell a étudié la distance sur le plan technique en décrivant comment elle se mesurait dans différentes cultures. Jammer a traité les concepts d'espace (y compris leurs fondements historiques) du point de vue de la physique.

La proxémique, l'étude de la perception et de l'usage de l'espace par l'homme, ne se rattache directement à aucun de ces travaux. Elle est beaucoup plus proche, au contraire, du complexe des activités comportementales et de leurs extensions, connu des éthologistes sous le concept de territorialité. Elle traite essentiellement de la notion de distance en dehors du champ de la conscience  et doit beaucoup aux travaux de Sapir et de Whorf.

Hediger a établi la distinction entre les espèces à contact et sans contact et il a été le premier à décrire en termes opérationnels la distance personnelle et la distance sociale. Il a aussi démontré que la distance critique est si précise qu'on peut la mesurer en centimètres.
 
Schäfer a étudié à la fois l’« espace critique » et les « situations critiques ». Alors qu'il mettait en garde contre le danger de tirer des analogies des formes non humaines, il a décrit des réactions sociales et de groupe au surpeuplement et formulé les concepts de « densité critique » et de « crise », qui non seulement sont très suggestifs pour l'homme, mais semblent envelopper des processus qui recouvrent un spectre extraordinairement vaste d'espèces vivantes.

Les découvertes des spécialistes en éthologie et en psychologie animale suggèrent que

(a) Chaque organisme vit dans son monde subjectif, qui est fonction de son appareil perceptuel ; dès lors, une séparation arbitrairement supposée entre l'organisme et son monde modifie le contexte et en fausse ainsi la signification ;

(b) La ligne de démarcation entre l'environnement interne et externe de l'organisme ne peut être établie avec précision. La relation organisme-biotope ne peut être comprise qu’en la considérant comme une série de mécanismes cybernétiques en équilibre sensible, dans lesquels le feed-back positif ou négatif exerce un contrôle discret mais continu sur la vie.

C'est-à-dire que l'organisme et son biotope constituent un système unique est homogène (à l'intérieur d'une série de systèmes plus vastes). Considérer l’un sans se référer à l'autre n'aurait aucun sens.

En résumé, toute chose vivante possède une limite physique qui la sépare de l'environnement extérieur. De la bactérie et de la simple cellule jusqu'à l'homme, tout organisme possède une frontière imperceptible qui marque son début et sa fin. Toutefois, il existe une autre sorte de limite non physique indépendante de la limite physique. Si cette frontière nouvelle est plus difficile à délimiter que la première, elle est tout aussi réelle. Nous l'appelons « le territoire de l'organisme ». Le fait de revendiquer et de défendre un territoire est la territorialité. Chez l'homme, cette notion devient très complexe et subie des variations énormes selon les cultures.

D’autre part, des milliers d'expériences nous prouvent que l'espace est un moyen de communication. Pourtant, on ne serait pas pleinement conscient de cet état de fait si l'on n’avait pas réalisé la différence d'organisation spatiale de chaque culture. Les associations et les sensations éprouvées par un membre d'une culture ont, presque invariablement, un sens différent dans une autre culture.

Les animaux

Les études réalisées avec les animaux sont intéressantes dans la mesure où ces derniers ne compliquent pas l'observation en rationalisant leur comportement. Dans des conditions normales ils réagissent avec une telle constance qu'il est possible d'observer la répétition de conduites virtuellement identiques. En reprenant les principales observations concernant les  animaux et leur usage de l'espace, nous pouvons découvrir un grand nombre de données transposables en termes humains.

La territorialité est un concept de base dans l'étude du comportement animal : on la définit généralement comme la conduite caractéristique adoptée par un organisme pour prendre possession d'un territoire et le défendre contre les membres de sa propre espèce. Concept récent, il apparaît pour la première fois sous une forme assez élaborée dans le livre territory in Bird Life, publié en 1920 par l'ornithologue anglais H.E. Howard.

Les travaux sur la territorialité mettent déjà en question beaucoup de nos idées de base relatives et à la vie animale et à la vie humaine. Ainsi, l'expression « libre comme l'oiseau » exprime la conception que l'homme se fait de ses propres rapports avec la nature. Il imagine les animaux libres d’errer à travers le monde alors qu'il est, lui, prisonnier de la société. Les travaux sur la territorialité montrent que l'inverse est plus près de la vérité et que les animaux sont souvent emprisonnés à l'intérieur de leur propre territoire.

Beaucoup de fonctions importantes s'expriment dans la territorialité : elle assure la propagation de l'espèce, en permettant la régulation de la densité démographique ; elle fournit un cadre à l'activité, offrant des terrains d'apprentissage et de jeux, des lieux où se cacher en sécurité ; elle coordonne ainsi les activités du groupe et assure sa cohésion ; grâce à elle, les animaux d'un même groupe conservent une distance qui leur permet de communiquer et de se signaler la présence de la nourriture ou de l'ennemi.
 
Un animal qui possède son territoire à la possibilité d'élaborer tout un répertoire de réflexes en réponse à la nature de son terrain. En cas de danger, l'animal sur son terrain familier profitera de ces réactions automatiques, au lieu de perdre du temps à trouver une cachette. Le psychologue C.R. Carpenter, qui fut l'un des premiers à observer les singes dans leur milieu naturel, a énuméré 32 fonctions de la territorialité, parmi lesquelles certaines ont une importance majeure pour la protection et l'évolution des espèces animales.

Tous ceux qui ont eu affaire aux chiens, particulièrement dans une ferme, sont familiers de leur attitude vis-à-vis de l'espace. D'abord, le chien connaît les limites de la « cour » de son maître et la défendra contre les empiètements extérieurs. Il y a également des lieux où il dort : un coin près de la cheminée, un coin dans la cuisine, ou dans la salle à manger s'il a le droit d'y entrer. En bref, le chien a fixé des endroits où il se rend de temps en temps selon les circonstances. On peut voir également que les chiens créent des zones autour d’eux. Selon sa relation vis-à-vis du chien et de la zone traversée, celui qui s’y introduit évoque une attitude différente lorsqu'il traverse les lignes invisibles significatives pour le chien.

Ceci est particulièrement évident chez les chiennes et leurs chiots. Si la mère possède une nouvelle litière dans une grange, elle fera de la grange son territoire. Si la porte s'ouvre, elle fera un léger mouvement ou changera de position dans son coin. Il ne peut rien se produire d'autres si l'intrus ne pénètre pas à plus de trois ou quatre mètres à l'intérieur de la grange. Puis la chienne peut lever la tête, ou se lever, ou se mouvoir en cercles et se recoucher lorsqu'une autre frontière invisible vient d'être franchie. On peut fixer l'emplacement de cette ligne en reculant et en observant les mouvements de tête de la chienne. Si d'autres frontières sont franchies, d'autres signaux apparaîtront : mouvement de la queue, grondements sourds ou grognements.

Dans le numéro de cirque classique, le lion est, en fait, déterminé à l'attaque et prêt à franchir l'obstacle, par exemple l'escalier qui le sépare de l'homme. Pour que le lion reste sur escalier, le dompteur sort rapidement de la zone critique. Le lion cesse alors sa poursuite. Les moyens de « protection » spectaculaires dont s'entoure le dompteur (la chaise, le fouet ou le pistolet) ne sont destinées qu'à impressionner le public. Heideger dit que la distance critique des animaux qu'il a étudiés est si précise qu'on peut la mesurer en centimètres.

Mécanisme de l'espacement chez les animaux

En plus de son territoire inscrit dans un coin de terre bien délimitée, chaque animal est entouré d'une série de « bulles » ou de « ballons » aux formes irrégulières, qui servent à maintenir un espacement spécifique entre individus. Hediger a découvert et décrit un certain nombre de ces distances que la plupart des animaux semblent utiliser sous une forme ou une autre. Deux d'entre elles par exemple (la distance de fuite et la distance critique) entrent en jeu lors des rencontres entre individus d'une espèce différente, tandis que les distances personnelles et sociales correspondent aux relations entre membres d'une même espèce.

Distance personnelle

Heideger appelle distance personnelle la distance normale observée entre eux par les membres d'une espèce sans contact. Cette distance joue le rôle d'une bulle invisible qui entoure l'organisme. Deux animaux, chacun entouré de sa bulle, changent d'attitude lorsque leurs bulles viennent à se chevaucher. L'organisation sociale influe également sur la constitution de la distance personnelle. Les animaux dominants ont généralement une distance personnelle plus grande que ceux qui occupent des positions inférieures dans la hiérarchie sociale et ces derniers tendent à céder la place aux plus forts.

Distance sociale

Les animaux qui vivent en société doivent rester en contact les uns avec les autres. La perte de contact avec le groupe peut leur être fatale pour diverses raisons, surtout parce qu'elle les expose aux attaques des prédateurs. La distance sociale n'est pas seulement la distance au-delà de laquelle l'animal perd le contact avec son groupe (qu'il ne peut plus voir, entendre ni sentir), c'est surtout une distance psychologique au-delà de laquelle l'anxiété commence à se développer chez l'animal. On l'a assimilée à un cercle invisible dont les limites enserreraient le groupe.

La distance sociale varie avec les espèces : elle est très courte, quelques mètres seulement, chez les flamants par exemple, et considérable chez d'autres oiseaux.

La distance sociale n'est pas fixée avec rigidité, mais elle est en partie déterminée par la situation. Ainsi, pendant la période où les petits des singes et des hommes savent déjà se déplacer, mais pas encore obéir à la voix de leur mère, c'est la portée du bras maternel qui déterminera la distance sociale. Lorsqu'un danger rend nécessaire un contrôle plus étroit, la distance sociale diminue. Chez l'homme, il suffit d'observer une famille, comprenant beaucoup de jeunes enfants, lorsqu'elle traverse un carrefour dangereux, en se tenant la main.
Le téléphone, la télévision et les émetteurs portatifs ont allongé la distance sociale de l'homme, permettant d'intégrer les activités de groupes très éloignés. L'extension de la distance sociale transforme aujourd'hui la structure des institutions sociales et politiques selon des modalités que l'on commence seulement à étudier.

On peut observer des attitudes comparables chez tous les vertébrés : poissons, oiseaux, mammifères. Les oiseaux ont un sens très aigu de la territorialité. On sait que les phoques, les dauphins et les baleines utilisent toujours les mêmes aires de reproduction.

La territorialité existe aussi chez l'homme qui a inventé bien des manières de défendre ce qu'il appelle sa terre, son sol ou son espace. Enlever les bornes comme entrer dans la propriété d'autrui sont, dans l'ensemble du monde occidental, des actes punis par la loi. Depuis des siècles, le droit coutumier anglais considère que la demeure d'un homme est « son château » et la garantie contre toute saisie ou perquisitions illégales, même de la part d'agents du gouvernement. Il existe une différence bien établie entre la propriété dite privée (qui est le territoire d'un individu) et la propriété publique (qui est le territoire d'un groupe).

Les humains

L'homme a développé son esprit de territorialité à un degré presque inimaginable. Pourtant, nous envisageons l'espace comme nous envisageons le sexe. Il est là mais nous n'en parlons pas. Et si nous le faisons, nous ne sommes pas censés être sérieux ou techniques sur ce sujet. Retenons seulement pour exemple le sentiment qui nous anime par rapport à notre fauteuil préféré.

La territorialité s'établit si rapidement que, lors de la seconde partie d'une série de conférences, on peut voir la majeure partie des assistants reprendre même siège. Plus, si la place occupée la première fois par un assistant et prises par un autre, il s'ensuit une légère irritation. On sent vaguement qu'il va falloir chasser l'intrus. Celui-ci en est également conscient : il se tourne sur sa chaise ou lève la tête en disant : « Avez-vous un siège ? » Et à ce moment vous mentir et en répondant : « Oh, non, mais ça ne fait rien, j'allais en changer. »

On peut citer un autre exemple, c'est celui qui concerne l'agencement des bureaux. Aux États-Unis, lorsqu'un nouveau venu s'installe dans un bureau, chacun déplacera sa table pour lui permettre d'être à l'aise. Ceci peut se traduire dans la pratique par le fait abandonner une place qu'on occupait depuis des années ou qui permettait de regarder par la fenêtre. Le fait est que l'ensemble des occupants s'ajuste volontairement à la nouvelle situation. En fait, c'est la preuve que, lorsque le mobilier a été déplacé, le nouvel arrivant est accepté par le groupe. Tant que cela ne s'est pas produit, le patron peut être sûr que le nouvel arrivant n'est pas encore accepté.

Contrairement aux Américains, les Français ne partagent pas leur espace de manière tacite et reconnue. Lorsqu'un nouveau collègue se présente, ils ne redivisent pas l'espace. Ils lui donneront à contrecoeur un petit bureau tourné vers le mur dans un coin mal éclairé. Cette réaction est parlante pour les Américains qui ont travaillé en France. L'auteur pense que le fait de ne pas « faire de place » revient à accentuer les différences dans le statut social. S'il n'y a pas redistribution de l'espace signifiant « nous vous admettons dans le groupe, vous pouvez rester », l'américain se sent menacé et perdu.
 
II- Les distances chez l'homme

L'homme lui aussi observe des distances uniformes dans les rapports qu'il entretient avec ses semblables. À de rares exceptions près, la distance de fuite et la distance critique ont été éliminées des réactions humaines. Mais il est évident que les distances personnelles et sociales existent toujours.
 
L'incapacité générale à saisir l'importance de nombreux éléments qui contribuent à créer le sentiment humain de l'espace tient à deux conceptions erronées : selon la première, il existerait pour chaque effet une cause identifiable et unique ; selon la seconde, l'homme est une fois pour toutes contenues dans les limites de sa peau. Dès que nous nous libérons de notre aspiration à l'explication unique, était que nous parvenons à imaginer l'homme prolongé par une série de champ à extension constamment variable et qui lui fournissent des informations de toutes sortes, nous commençons à la percevoir sous un jour entièrement nouveau.

C'est alors que nous pouvons commencer à nous instruire sur le comportement humain et en particulier sur les types de personnalités. Car non seulement il existe des intravertie et des extravertis, ainsi que toute l'infinité des types caractérisent-elles, mais chacun de nous possède aussi un certain nombre de personnalités situationnelles apprise, dont la forme la plus simple est liée à nos comportements au cours des différents types de relations intimes, personnelle, social et public. Certains individus ne développent jamais la face publique de leur personnalité et ne peuvent, par conséquent, jamais remplir un espace public. Ce sont des orateurs médiocres, également incapable de diriger des discussions de groupes. De nombreux psychiatres savent que d'autres individus ont des problèmes avec les régions intimes de leur personnalité et ne peuvent supporter la promiscuité.

Ce genre de concept n'est pas toujours facile à comprendre parce que la plupart des mécanismes liés à la saisie des distances se produisent inconsciemment. Nous sentons les autres proches ou distants, sans pouvoir toujours dire sur quelles bases nous fondons se savoir. Tant d'événements se produisent en même temps qu'il est malaisé de sélectionner les sources d'information qui détermine une réaction. Est-ce le ton de la voix, l'attitude où la distance de l'interlocuteur ? Un tel choix nécessite une observation minutieuse, de longue durée, portant sur une grande variété de situation au cours desquelles les moindres changements sont enregistrés. C'est ainsi que la perception de la chaleur corporelle d'autrui permettra de marquer la frontière entre espace intime et non intimes. Une odeur de cheveux fraîchement lavés et la vision d'un visage brouillé par la proximité s'associeront avec une sensation de chaleur pour créer le sentiment de l'intimité.

Aujourd'hui, on décrit quatre distances, associées à des catégories spécifiques de relations et d'activités. On notera que les distances mesurer peuvent varier légèrement avec la personnalité des sujets et les caractères de l'environnement. Par exemple, un bruit intense ou un faible éclairage auront généralement pour effet de rapprocher les individus les uns des autres.

Distance intime

À cette distance particulière, la présence de l'autre s'impose et peut même devenir envahissante par son impact sur le système perceptif. La vision (souvent déformée), l'odeur et la chaleur du corps de l'autre, le rythme de sa respiration, l'odeur et le souffle de son haleine, constituent ensemble des signes irréfutables d'une relation d'engagement avec un autre corps.

Mode proche (0 cm)

Cette distance est celle de l'acte sexuel et de la lutte, celle à laquelle on réconforte et on protège. Le contact physique ou son imminence vraisemblable domine la conscience des partenaires. La voix joue un rôle mineur dans le processus de communication qui s'accomplit par d'autres moyens.

Mode éloigné (de 15 à 40 cm)

La pratique de la distance intime en public n'est pas admise par les adultes de la classe moyenne américaine, bien que leurs enfants puissent être observés entretenant des contacts intimes dans les automobiles et sur les plages.

L'influence dans les transports en commun peut placer de parfaits étrangers dans des rapports de proximité qui seraient normalement considérés comme intimes, mais les usagers disposent d'armes défensives qui permettent de retirer toute vraie intimité à l’espace intime dans les transports publics. La tactique de base consiste à rester aussi immobile que possible, si c'est faisable, et à s’écarter au premier contact étranger. En cas d'impossibilité, les muscles des zones en cause doivent demeurer contractés. En fait, pour les membres des groupes sans contact, détente ou plaisir sont interdits dans le contact corporel avec des étrangers. C'est pourquoi, dans les ascenseurs bondés, les mains doivent rester le long du corps ou servir seulement à s'assurer une prise sur la barre d'appui. Les yeux doivent fixer l'infini et ne peuvent se poser plus d'un instant sur quiconque.

Rappelons que ces modèles proxémiques américains concernant la distance n'ont aucune valeur universelle. Ainsi, même les règles qui déterminent des rapports aussi intimes que le contact corporel avec autrui ne présentent pas de constance. Par exemple, les Américains ayant eu l'occasion d'un contact approfondi avec les Russes, notent que beaucoup de traits typiques de la distance intime pour les Américains, caractérisent chez les russes la distance sociale.

Distance personnelle
Ce terme désigne la distance fixe qui sépare les membres des espèces sans contact. On peut l’imaginer sous la forme d'une petite sphère protectrice, ou bulle, qu'un organisme créerait autour de lui pour s'isoler des autres.

Mode proche (de 45 à 75 cm)

Les positions respectives des individus révèlent la nature de leurs relations et de leurs sentiments. Une épouse peut impunément se tenir dans la zone de proximité de son mari, mais il n'en sera pas de même pour une autre femme.

Mode éloigné (de 75 à 125 cm)

L'expression anglaise : tenir quelqu'un « à longueur de bras » peut offrir une définition du mode lointain de la distance personnelle. Cette distance sera comprise entre le point qui est juste au-delà de la distance de contact facile et le point où les doigts se touchent à condition que les deux individus étendent simultanément les bras. Il s'agit, en somme, de la limite de l'emprise physique sur autrui. Au-delà il est difficile de « poser la main » sur quelqu'un. À cette distance, on peut discuter de sujets personnels.

Distance sociale

La frontière entre le mode lointain de la distance personnelle et le mode proche de la distance sociale marque, comme nous l'avons dit, la limite du pouvoir sur autrui. À cette distance, personne ne touche ou n'est supposé toucher autrui.


Mode proche (de 1,20 mètres à 2,10 mètres)

Cette distance est celle des négociations impersonnelles et le mode proche implique bien entendu plus de participation que le mode lointain. Les personnes qui travaillent ensemble pratiquent généralement la distance sociale proche. Celle-ci vaut aussi de façon courante dans les réunions informelles. À cette distance, regarder de tout son haut une personne assise évoque l'impression de domination de l'homme qui s'adresse à sa secrétaire ou à sa standardiste.

Mode éloigné (de 2,10 mètres à 3,60 mètres)

Cette distance est celle où l'on se place lorsqu'on vous dit : « Eloignez-vous que je puisse vous regarder. » Lorsque les rapports professionnels ou sociaux se déroulent selon le mode lointain, ils prennent un caractère plus formel que dans la phase de proximité. Dans le bureau des personnalités importantes, la dimension de la table de travail place les visiteurs selon le mode lointain de la distance sociale. Même dans les bureaux à table standard, les chaises des visiteurs se trouvent placées à une distance de 2,50 mètres à 3 mètres de la personne qui est derrière la table.

Ce type de comportement proxémique est conditionné par la culture et il est entièrement arbitraire. Il est contraignant pour tous les intéressés. Ne pas fixer son interlocuteur revenant à le nier et à interrompre la conversation, on s'aperçoit que les gens qui conversent à cette distance allongent le cou et se penchent d'un côté à l'autre pour éviter les obstacles. De même, dans le cadre de personnes dont l'une est assise et l'autre debout, le contact visuel prolongé à moins de 3,10 mètres ou 3,60 mètres se révèle fatigant pour les muscles du cou : c'est pourquoi les subordonnés évitent généralement cet inconfort à leur patron. Toutefois, si les rôles sont renversés, si le subordonné se trouve assis, il arrive souvent que son patron se rapproche.

Sur le plan proxémique, le mode lointain de la distance sociale peut servir à isoler ou séparé des individus. Ainsi il permet de travailler sans impolitesse en présence d'autrui. Un exemple particulièrement précis est offert par les réceptionnistes qui sont censées remplir une double fonction d'hôtesse et de dactylo. Placée à moins de 3 mètres des autres (même s'il s'agit d'étrangers), la réceptionniste se sentira trop concernée pour ne pas être virtuellement obligée de faire la conversation. En revanche, si elle a plus d'espace, elle peut travailler tout à fait librement sans devoir parler.

De même, les maris qui rentrent du travail ont souvent l'habitude de s'asseoir pour lire leur journal, et se détendre, à 3 mètres au plus de leurs épouses, car cette distance ne leur impose aucune contrainte.

Distance publique

Plusieurs changements sensoriels importants se produisent lorsque l'on passe des distances personnelle et sociale à la distance publique, située hors du cercle où l'individu est directement concerné.

Mode proche (de 3,60 mètres à 7,50 mètres)

À 3,60 mètres, un sujet valide peut adopter une conduite de fuite ou de défense s'il se sent menacé. Il est même possible que cette distance déclenche une forme de réaction de fuite vestigiale, mais subliminaire. La voix est haute mais n'atteint pas son volume maximal. Les linguistes ont remarqué que cette distance implique une élaboration particulière du vocabulaire et du style, qu'elle provoque des transformations d'ordre grammatical et syntaxique.

Mode éloigné (7,50 mètres ou davantage)

La distance de neuf mètres est celle qu'imposent automatiquement les personnages officiels importants. La distance publique courante n'est pas réservée aux personnalités politiques, mais elle peut être utilisée en public par n'importe qui. Les acteurs, par exemple, savent fort bien qu'à partir d'une distance de neuf mètres la subtilité des nuances de signification données par la voix normale échappe au même titre que les détails de l'expression des gestes. Il ne leur faut donc pas alors seulement élever la voix, mais exagérer et accentuer l'ensemble de leur comportement. L'essentiel de la communication non verbale est alors assuré par des gestes et des postures. En outre, le rythme de l'élocution est ralenti, les mots sont mieux articulés et on observe également des changements stylistiques.

III- Utilisation de la distance dans la communication
   
Non seulement le message vocal est fonction de la distance mais le sujet d'une conversation exige parfois une utilisation spécifique de la distance. Il y a certaines choses dont il est difficile de parler si l'on ne se trouve pas dans la zone d'interaction adéquate.

Nous pouvons donner ici un exemple parlant : l'armée américaine, pendant la seconde guerre mondiale, se trompa sur la détermination des distances requises pour s'adresser à supérieur. Chacun sait que la relation entre les officiers et les soldats comprend des éléments qui impliquent une certaine distance et un comportement impersonnel. Ceci s'appliquait aux officiers de statuts différents dans leurs rapports de commandement réciproques.

Les instructions à suivre lorsque l'on devait faire son rapport à un supérieur était la suivante : l'officier de rang inférieur devait s'avancer jusqu'à trois pas du bureau de son supérieur, s'arrêter, se mettre au garde-à-vous, donner son nom, son rang et le sujet de sa visite : « Lieutenant X venu faire son rapport. »

Voyons à présent quelles normes enfreint cette procédure et ce qu'elle exprime. La distance est trop grande d'au moins 60 centimètres et n'est pas adaptée à la situation. Dans les relations de travail, qui ont un caractère impersonnel, la distance entre les interlocuteurs va de 1,50 mètres à 2,40 mètres. La distance requise pour les rapports militaires se situe à la limite de ce que l'auteur appelle « loin ». Elle évoque automatiquement le fait de lever la voix, ce qui nuit au respect qu'on est censé témoigner à son supérieur. Il y a, bien sûr, beaucoup de sujets dont il est impossible de s'entretenir à de telles distances et les officiers reconnaissaient se fait en mettant à l'aise le soldat, lui permettant de s'asseoir ou de s'approcher.

La voix

Très près (10 à 20 cm)                               → Murmure, top secret.

Près (25 à 35 cm)                          → Murmure audible ; très confidentiel.

Rapproché (40 à 60 centimètres)                          → À l'intérieur, voix douce ;
                                                                                    A l'extérieur, voix normale ; confidentiel.

Neutre (60 centimètres à 1mètre)                 → Voix douce, le volume peu élevé ;
                                                                                                               Information personnelle.

Neutre (1,20 mètres à 1,50 mètres)          → Voix normale, informations non personnelles.

Distance publique (1,60 mètres à 2,40 m)                  → Voix normale légèrement élevée ;
                                                                                Information publique destinée à l'entourage.

À travers la pièce (2,40 à six mètres)             → Voix forte ; information à un groupe.

Distance plus ou moins grande
(6 à 7,40 mètres à l'intérieur ;                                → À portée de voix : Adieux.
 à l'extérieur, jusqu'à 30 m)                    
En Amérique latine, la distance d'interaction est beaucoup moins élevée qu'aux États-Unis. En fait les gens ne se sentent à l'aise pour parler que lorsque qu'ils se rapproche de la distance qui, aux États-Unis, évoque le sexe ou l'agressivité. Il s'ensuit que lorsque les uns se rapprochent, les autres reculent, et ainsi de suite. Les uns pensent que les autres sont distants ou froids, renfermés et inamicaux, et à l'inverse les autres leur reprochent de leur souffler dans les oreilles, de les envahir, de leur postillonner dans la figure.

Les Américains qui ont vécu en Amérique latine sans être conscients de ces attitudes vis-à-vis de l'espace s'adaptent autrement, en se barricadant derrière leur bureau, en utilisant des chaises et des machines à écrire pour sauvegarder entre eux et les Latins une distance qu'il trouve confortable. Mais le résultat est que le Latin risque d'enjamber les obstacles pour réduire la distance et se sentir plus à l'aise.

IV- Conséquences à une échelle plus large
Étudier la dimension culturelle sous l'aspect d'un vaste réseau de communication à niveaux multiples serait pratiquement sans objet s'il n'était justifié par deux faits : d'abord la multiplication de nos contacts internationaux, ensuite, à l'intérieur même de notre pays, le mélange progressif des sous-cultures qui accompagne l'envahissement de nos cités par les populations rurales.

Il apparaît de plus en plus clairement que les heurts entre les systèmes culturels ne sont pas limités aux rapports internationaux : ces conflits ont pris des proportions considérables à l'intérieur même des pays et ils s'exaspèrent au sein des villes surpeuplées. En effet, les groupes ethniques très divers qui constituent la population font preuve d'une constance surprenante dans la conservation de leurs particularismes. Si, au premier abord, ces groupes semblent identiques et paraissent parler à peu près la même langue, une analyse en profondeur révèle de nombreuses différences, implicites, informulées, dans la structuration du temps, de l'espace, des objets et des relations humaines. Ce sont ces différences qui sont si souvent à l'origine des contresens qui surgissent, en dépit des bonnes intentions réciproques, dans les relations interculturelles.
 
Retour sur une définition du terme « proxémie »

Selon l'auteur, ce terme est un néologisme qu'il a créé pour désigner l'ensemble des observations et théories concernant l’usage que l'homme fait de l'espace en tant que produit culturel spécifique.

On a cru longtemps que l'expérience était le bien commun des hommes et qu'il est toujours possible, pour communiquer avec un autre être humain, de se passer de la langue et de la culture pour se référer à la seule expérience. Cette croyance implicite (et souvent explicite), concernant ce rapport de l'homme avec l'expérience suppose que, si deux êtres humains sont soumis à la même « expérience », des informations virtuellement identiques sont fournies à chaque système nerveux central et que chaque cerveau les enregistre de la même manière.

Or les recherches en proxémie jettent de sérieux doutes sur la validité de cette hypothèse, en particulier dans le cas de cultures différentes. Il semble en fait que des individus appartenant à des cultures différentes non seulement parlent des langues différentes mais, ce qui est sans doute plus important, habitent des mondes sensoriels différents.

Conséquences à l'échelle du pays

Au cours de son développement culturel, l'homme s'est domestiqué lui-même, créant ainsi une série de mondes nouveaux tous différents les uns des autres. Chacun de ces mondes possède son système spécifique d'entrées sensorielles, d'où la relativité de la notion de foule ou de surpopulation d'une culture à l’autre. De même une action qui libère l'agressivité et s'avère donc « stressante » chez un peuple donné sera perçue comme neutre par le voisin. Quoi qu'il en soit, la multitude des Noirs américains et les populations de cultures espagnoles qui influent dans les villes américaines y sont profondément « stressées ». Car non seulement ils doivent vivre dans un environnement qui ne leur est pas adapté, mais dans des conditions où ils ne peuvent plus résister au stress. Les États-Unis doivent se demander aujourd'hui pourquoi deux de leurs groupes ethniques les plus doués sont en voie d'être détruits et pourraient bien les entraîner tous dans leur effondrement.

C'est pourquoi la thèse de l'auteur est qu'il faut faire comprendre aux architectes, aux urbanistes et à tous les constructeurs que les États-Unis n’éviteront la catastrophe qu'à condition de considérer l'homme comme l'interlocuteur de son environnement. Environnement que les urbanistes, les architectes et les constructeurs façonnent aujourd'hui sans se soucier des besoins proxémiques de l'homme.

Pour terminer, un extrait d’entretien avec l’auteur à propos de l’usage de la proxémie.

Davis : votre travail sur la proxémique a suscité une foule de recherches sur l'usage que l'homme fait de l'espace. Y a-t-il des tendances dans ces recherches qui vous surprennent ?

Hall : Dans un certain sens. Ce n'est pas vraiment décevant, mais j'espérais néanmoins que mon travail servirait plus souvent en tant que système entier. Jusqu'à présent, on en a surtout pris des petits bouts par-ci et des petits bouts par-là. Ce qui veut dire que la proxémique a été morcelée, alors qu’en réalité elle est un système au sein duquel tout concorde. Bien entendu, il est possible de prendre des petits bouts et de travailler avec. Par exemple, vous pouvez étudier les problèmes relatifs à la distance personnelle ou à l'emploi de l'espace architectural, ou encore toutes les questions touchant aux sens de la perception, puis travailler dessus. Mais vous resterez quand même avec des morceaux, et un système cohérent aura été rendu linéaire. Et, naturellement, ce qui est rendu linéaire s'en va dans une seule direction !
 
JEUX D’APPROCHE
1°) La carte mentale : l’espace

Collecte d’information dans les différents champs du savoir en relation avec l’espace.

2°) Dessin

Chacun dessine sur une feuille de papier un petit cercle le représentant.
Puis il place sur cette feuille les membres de sa famille.
Puis il place sur cette feuille deux relations amicales.
Puis il place sur cette feuille deux relations professionnelles .
(une étant un ami de bureau, une étant un supérieur hiérachique).

On trace ensuite un ensemble de cercles concentriques autour du cercle initial : pour s’apercevoir que la distance relationnelle s’est imposée d’elle-même au dessinateur, sans même qu’il y pense.

3°) L’Analogie                       

Celle-ci est un peu difficile (maniement de deux concepts abstraits), mais on s’adresse à un public de spécialistes…

L’espace est à la communication ce que…

4°) Jeu De Rôle

- Parler à un supérieur à une distance de 30 cms.
- Parler à un supérieur à une distance de 5 mètres.
- Dire une chose intime à 30 cms.
- Dire une chose intime à 5 mètres.
- Donner un commentaire d’un fait d’actualité à 30 cms.
- Donner un commentaire d’un fait d’actualité à 5mètres.
- Parler à un groupe de subordonnés (armée) à 30 cms.
- Parler à un groupe de subordonnés (armée) à 5 mètres.

Donner à chaque fois le ressenti des acteurs, et des spectateurs.

Commentaire de l’intervenant.